(pour la couture vous repasserez)

Aujourd'hui, j'allumerais une bougie, celle d'une citrouille... c'est la période, la même que l'année dernière et que l'année d'avant, celle que je n'allume que ce jour-là, et Mr ours ne dira rien, ne posera pas de question.

Aujourd'hui, je suis triste mais aussi en colère, une colère qui ne me quitte plus et qui ne s'exprime plus, une colère qui ronge puis qui s'appaise, toujours prête à exploser mais qui se tait, même si quelque fois ça ferait sûrement du bien d'en envoyer paître quelques-uns.

Aujourd'hui, je suis mal, mais toujours de mieux en mieux, j'ai la chance d'avoir deux enfants bien vivants, qui rendent les choses plus belles et plus gaies et qui m'aideront à leur façon d'oublier qu'on est aujourd'hui, et grâce à eux demain ça ira mieux.

Aujourd'hui je vais (encore) traîner sur mam'nco, voir les nouvelles blessées, mutilées dans leur âme, tenter de les réconforter? (non je ne peux plus) sachant très bien que rien ne les réconfortera, non je laisse ça aux nouvelles, elles en ont plus besoin que moi. Elles ont besoin d'apprendre qu'elles ne sont pas seules ce qui permet de relativiser un peu, de parler à quelqu'un qui sait vraiment ça fait aussi du bien, plutôt que d'entendre des platitudes ou des "secoues-toi", et leur désespoir une fois partagé soulagera sans la soigner leur douleur, parce qu'il serait faux de prétendre que l'on guérit.

Si je devais leur dire trois choses (un peu comme trois souhaits) celles qui je pense sont les plus importantes,

ce serait de virer (au moins quelques temps) tous les gens à ondes et pensées négatives qui les empêchent en toute bonne foi et très charitablement de crier leur désespoir, chères mam'ange pleurez ! qui a le droit de vous en empêcher !,

ensuite je leur dirais d'aider les suivantes, parce qu'aider les autres mam'anges ça aide à avancer, à voir que notre désespoir change évolue se transforme, voir même s'atténue même s'il est toujours présent, à des périodes différentes certes, chacune évolue à sa façon, mais toujours plus ou moins dans le même ordre et ce qu'on perde notre ange à 2 mois ou 9 mois de grossesse, la trace reste indélébile

et c'est mon dernier conseil, ne dites pas aux autres que vous c'est plus grave parce que vous étiez plus avancée, ce serait rabaisser ou nier la douleur de l'autre et vous n'aimerez pas ça, au contraire soyez ouverte à toutes les mam'anges vous verrez que ça créé des liens et que souvent elles portent aussi les stigmates de la bien-pensée générale, "pour toi c'est encore pire", non c'est pas vrai, leurs espoirs dans cette nouvelle vie étaient aussi fort que les vôtres, dites-le leur, ça les aidera, car elles pensent (ou plutôt on les a forcer à penser) que leur douleur était insignifiante, car comme vous elles ont sûrement subi les "c'est pas grave t'en fera un autre" ou "c'est la nature", j'ai trois exemples (malheureusement parmi beaucoup d'autres) : une voisine qui a "laissé échapper" alors qu'on était pas plus proche que ça "moi aussi j'en ai perdu un" et aussitôt a ajouté "mais moi c'était à 3 mois [... ] c'est moins dur que pour toi" comme si elle n'avait pas le droit de se plaindre devant moi ! je lui avais répondu que non c'est toujours douloureux (et j'ai été ravie de l'avoir fait elle s'est un peu étendue sur le sujet ça avait l'air de la soulager de le dire à quelqu'un et moi ça va fait du bien de la voir se libérer), et qui-serais-je pour juger de sa douleur, même si moi aussi je pense que c'est plus dur quand c'était plus tard que pour moi, il y a aussi une question de circonstances, d'où le deuxième exemple, celui d'une tante (75 ans maintenant) qui a accouché à 4 mois avec des pertes de sang pendant 3 jours et qui n'a pas eu le droit de voir son bébé, dont le médecin de l'époque qui l'a vu au 1er jour lui a dit je reviens lundi ça sera fini, et qui s'est étonné que le lundi rien n'était fait et alors a peu aidé?! Pas le droit d'en parler bien entendu, mais qui m'a lâché son secret 40 ans plus tard... et une copine trop jeune trop pauvre qui traînait dans la rue et qui a décidé d'enlever son bébé, et qui aujourd'hui ne peut toujours pas dire le mot ivg, mais a été soulagée d'extraire le venin un après-midi comme ça avec moi... non je ne suis pas la confidente, je ne l'ai jamais été, je ne suis pas la "cheerleader" avec pleins de copines autour d'elle, je ne voudrais surtout pas vous faire croire que je suis une sainte, je voulais seulement vous dire que réciproquement ça fait du bien de parler et de voir les langues se délier, alors faites-le soulagez votre douleur et celle des autres.

Toutes, quelle qu'était l'échéance, nous sommes toutes des mam'anges avec nos douleurs respectives et nos espoirs envolés.

Alors aujourd'hui, ce post est un peu spécial j'en convient (et certaines ne comprendront pas que je l'ai fait), mais il est en hommage à mon ange et à toutes les mam'anges et leurs anges

Aujourd'hui j'ai le droit de pleurer et j'allumerai (même si y'en a qui le comprenne pas) la bougie du troisième anniversaire de mon ange